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© Coral Restoration St-Barth

© Coral Restoration St-Barth

Saint-Barthélemy · Conservation Marine · Biodiversité · Récifs

Ce Qui Vit Sous l'Eau

La beauté de Saint-Barth s'arrête à la surface. Puis elle recommence — autrement, plus dense, plus ancienne, plus fragile. Cinquante et une espèces de coraux. Cent quatre-vingt-trois espèces de poissons. Deux espèces de tortues. Des baleines à bosse. Un écosystème qui a mis des millénaires à construire ce qu'une décennie de négligence peut défaire.


La Réserve · 1996 · Mille Deux Cents Hectares · Cinq Secteurs

La Réserve Naturelle Nationale de Saint-Barthélemy — qui porte le nom de Nicole Aussedat, l'une de ses fondatrices — existe depuis 1996. Elle est née d'une initiative locale portée dès 1988 par des habitants de l'île, Michel Magras et Nicole Aussedat, avec le soutien de la fondation américaine New England Biolabs fondée par le scientifique et environnementaliste Donald G. Comb. Mille deux cents hectares répartis en cinq secteurs distincts — les Gros Îlets et Pain de Sucre au large de Gustavia, les îlets Fourchue, Frégate et Toc-Vers, une partie du nord-ouest autour de la baie de Colombier. Des zones à régimes de protection différents — zones de réserve intégrale, zones de réserve partielle. Un éclatement spatial qui rend la gestion plus complexe mais qui permet de couvrir des environnements diversifiés — des herbiers aux récifs, des eaux peu profondes aux zones plus profondes exposées au large.

L'Agence Territoriale de l'Environnement — l'ATE — gère la réserve et coordonne les suivis scientifiques depuis sa création. Elle conduit des inventaires continus qui recensent aujourd'hui plus de deux mille sept cents taxons — mille neuf cent quatre-vingt-cinq animaux et sept cent quinze végétaux, mis à jour en décembre 2024. Un travail de documentation scientifique qui n'a pas d'équivalent dans les petites îles des Caraïbes.


Cinquante et Une Espèces de Coraux · Le Site le Plus Riche des Antilles Françaises

Saint-Barthélemy est l'un des sites coralliens les plus riches des Antilles françaises — cinquante et une espèces de coraux recensées, trente et un genres différents. Parmi elles, les coraux Corne d'élan (*Acropora palmata*) et Corne de cerf (*Acropora cervicornis*) — deux espèces emblématiques des Caraïbes aujourd'hui classées en danger critique d'extinction à l'échelle mondiale. La baie de Grand Cul-de-Sac abrite l'un des récifs Acropora palmata les plus étendus de l'île — un récif quasiment monospécifique dont l'ATE suit l'évolution par photogrammétrie avec une précision centimétrique. Cette technique permet de cartographier en trois dimensions chaque colonie coralline, de mesurer sa progression ou sa régression sur plusieurs années, de documenter l'impact des cyclones et des épisodes de blanchissement avec une précision sans précédent.

Les herbiers de phanérogames — cinq espèces dont l'herbe à tortue et l'herbe à lamantin — couvrent une partie significative des fonds de la réserve. Ces herbiers sont à la fois nurseries pour les poissons, refuges pour les tortues et puits de carbone pour l'atmosphère. Cinquante espèces d'algues, soixante espèces d'éponges, vingt-sept espèces de gorgones, deux cents espèces de mollusques, des crustacés, des oursins — un écosystème d'une densité qui ne se voit pas depuis la surface.


L'Effet Réserve · Ce Que la Protection Fait · Depuis 2002

Depuis 2002, les professeurs Claude et Yolande Bouchon de l'Université des Antilles conduisent un suivi scientifique des poissons et du benthos dans la réserve — trois stations récifales, deux stations d'herbiers. Leur travail a mis en évidence l'*effet réserve* : dans les zones protégées, la richesse spécifique, les effectifs de poissons et la biomasse sont significativement supérieurs à ceux observés hors réserve. La protection fonctionne — les chiffres le prouvent. Cent quatre-vingt-trois espèces de poissons recensées dans la réserve. Des espèces rares — le Mérou de Nassau, la Raie aigle, l'Hippocampe à long nez — qui ont retrouvé des populations stables dans les zones de protection intégrale. Des requins de récif régulièrement observés par les plongeurs. La tortue verte en nombre dans la baie de Colombier.

Mais le même suivi confirme ce que les scientifiques observent dans toute la région caraïbe — le déclin général des coraux. L'abondance des colonies coralliennes a diminué. Le taux de couverture des fonds régresse. Deux facteurs principaux — la maladie SCTLD (*Stony Coral Tissue Loss Disease*), maladie corallienne liée à la perte des tissus qui ravage les récifs des Caraïbes depuis 2014, et les épisodes de blanchissement corallien liés à la hausse des températures de surface. L'effet réserve protège. Il ne protège pas de tout.


Les Tortues · Les Mammifères Marins · Ce Qu'on Observe Encore

Deux espèces de tortues marines fréquentent régulièrement les eaux de Saint-Barth — la tortue verte (*Chelonia mydas*) et la tortue imbriquée (*Eretmochelys imbricata*), toutes deux inscrites sur la liste rouge de l'UICN. Des pontes de tortues luth (*Dermochelys coriacea*) — la plus grande tortue vivante, pouvant dépasser deux mètres — sont parfois observées sur les plages de l'île. L'ATE suit les populations de tortues par capture-marquage-recapture depuis 2011 — sept cent cinquante-huit individus marqués à ce jour, données clés sur leur biologie et leur répartition. Les menaces sont documentées avec précision — cinquante-cinq morts causées par les animaux domestiques, deux cent quarante-sept par les véhicules. Des chiffres qui disent la réalité de ce que la coexistence avec l'homme coûte à ces espèces.

Dans les mammifères marins — la baleine à bosse (*Megaptera novaeangliae*), présente dans les eaux de Saint-Barth en période de migration. Et le grand dauphin. Dans le cadre du projet CARI'MAM piloté par le Sanctuaire AGOA, Saint-Barth a été retenu comme site pilote pour le déploiement d'hydrophones destinés à enregistrer les sons des mammifères marins. Ces enregistrements, une fois traités, pourront être rediffusés sur des récifs dégradés pour les rendre plus attractifs pour la faune et accélérer leur repeuplement — une technique de bioaccoustique marine en développement dont Saint-Barth est l'un des premiers terrains d'application dans les Caraïbes.


Coral Restoration St Barth · Replanter · Geste par Geste

Coral Restoration St Barth est l'association locale dédiée à la restauration des récifs coralliens de l'île — avec David Blanchard et son équipe, elle conduit depuis plusieurs années des opérations de fragmentation et de replantation de coraux sur les sites dégradés. Le processus est lent, exigeant, dépendant des conditions météorologiques et de la qualité de l'eau — la replantation ne peut avoir lieu que dans des eaux calmes. Mais les résultats existent. Les fragments replantés reprennent. Des surfaces de récif se reconstituent. Le Barthélemy Hotel & Spa a formalisé un partenariat avec l'association — les hôtes peuvent réserver une séance de snorkeling ou de plongée avec les équipes et replanter eux-mêmes des fragments coralliens. Les recettes reviennent intégralement à l'association. Un modèle de financement par le tourisme de luxe au service de la conservation — discret, efficace, reproductible.


Cinquante et une espèces de coraux. Cent quatre-vingt-trois espèces de poissons.
Des baleines à bosse. Des tortues luth sur les plages.
Ce qui vit sous l'eau à Saint-Barth mérite qu'on le regarde — avant de le perdre.


La SCTLD · La Maladie · Ce Qui Menace

La *Stony Coral Tissue Loss Disease* — SCTLD — est la maladie corallienne la plus dévastatrice jamais documentée dans les Caraïbes. Apparue en Floride en 2014, elle s'est propagée à travers tout le bassin caraïbe avec une vitesse et une mortalité sans précédent. Elle affecte plus de vingt espèces de coraux durs — dont plusieurs Acropora — avec des taux de mortalité pouvant atteindre cent pour cent pour les colonies touchées. Les causes exactes restent partiellement inconnues. Les scientifiques travaillent. La maladie avance. À Saint-Barth, les suivis de l'ATE documentent son impact depuis plusieurs années — la diminution de l'abondance coralline et du taux de couverture des fonds dans les stations de suivi est directement corrélée à la progression de la SCTLD sur les récifs antillais. La réserve protège contre les pressions humaines directes. Elle ne peut pas protéger contre ce qui vient de l'eau elle-même.

Ce Qu'on Peut Faire · Les Gestes du Visiteur

La réserve naturelle de Saint-Barth est ouverte aux visiteurs — avec des règles précises. Ne pas toucher les coraux. Utiliser une crème solaire respectueuse des récifs — sans oxybenzone ni octinoxate, deux filtres chimiques dont la toxicité sur les coraux est documentée. Ne pas ancrer les bateaux sur les zones de récif — utiliser les bouées de mouillage mises en place par l'ATE. Ne pas collecter d'espèces marines — coquillages, oursins, éponges. Ne pas nourrir les poissons. Ne pas approcher les tortues marines à moins de deux mètres. Participer à une sortie de replantation de coraux avec Coral Restoration St Barth. Adopter un fragment de corail. Signaler à l'ATE toute observation d'espèce rare ou de comportement anormal. Ce sont des gestes petits, précis, cumulatifs. Ils ne suffisent pas à eux seuls. Mais ils sont la condition minimale pour que ce qui vit sous l'eau à Saint-Barth continue de vivre.

La réserve naturelle de Saint-Barth a été créée en 1996 par des habitants qui ne voulaient pas attendre que quelqu'un d'autre la protège.
Elle porte le nom de Nicole Aussedat. Elle protège mille deux cents hectares et cinquante et une espèces de coraux.
Ce qui vit sous l'eau a besoin de ce qui se passe au-dessus. Les deux sont liés depuis toujours.